TÉMOIGNAGES D’ANCIENS OPÉRÉS

  1. TRANSPLANTATION CARDIAQUE
  2. PONTAGE CORONARIEN ET ANGIOPLASTIE TRANSLUMINALE
  3. CHIRURGIE DES VALVES

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TRANSPLANTATION CARDIAQUE

VIVE LA VIE ou LES CONSEILS AMICAUX D'UN ANCIEN

J’ai rédigé ce message à l'attention des futurs transplantés pour leur rapporter, dans le langage d’un non-spécialiste, l‘expérience que j’ai vécue. En effet, à cinquante ans, marié et père de quatre enfants, j’ai bénéficié au début de l’année 1986 d’une transplantation cardiaque.

Comme vous, vraisemblablement, je ne savais pas, précisément, ce que signifiaient les mots «transplantation» ou «greffe» lorsqu’on m’en parla pour la première fois ; je n'avais que des idées bien imprécises sur la question ; c’est peut-être également votre cas.

J’espère qu'après avoir lu ce papier, tout sera devenu un peu plus clair pour vous et que, peut-être, un certain nombre d’idées fausses auront disparu. Dans ce qui suit, je ne hasarderai jamais dans des précisions de caractère purement médical, ce qui n’est en aucun cas de ma compétence; c’est aux médecins que vous poserez toute question précise dans ce domaine.

Si j’ai écrit seul ce papier, et ceci à votre attention, je l’ai néanmoins, par prudence et par honnêteté, fait relire par les médecins qui m’avaient soigné, afin qu’ils y apportent toute correction utile.

Bonne lecture et bonne chance.


JP GAULLIER
Ancien Secrétaire Général de l’ADETEC

MAI 1986

Si votre état de santé conduit votre médecin cardiologue et le chirurgien à vous parler de greffe cardiaque ou de transplantation cardiaque, ne pensez pas un seul instant qu’il s’agisse d’une catastrophe; au contraire, c’est une grande chance qui vous est proposée et que vous allez saisir, après en avoir, bien entendu, discuté avec votre entourage.

Je m’explique: cette proposition n’est faite à un malade que si deux conditions sont réunies simultanément:
C’est pour lui une bonne indication médicale
Il présente, après examen, les qualités requises d’un bon receveur.

Vous comprendrez que si la seconde condition n’est pas satisfaite, les médecins et chirurgiens ne vous proposeront pas cette intervention.

Des examens précis, préalables, vont alors devoir être faits qui nécessiteront une hospitalisation de quelques jours; si, à l’issue de ces examens, il se confirme que les conditions physiques de votre organisme permettent de poser définitivement l’indication de la transplantation, alors dites-vous que vous faites partie de ceux à qui sont offerts une grande chance et un grand espoir.

A dater de ce jour débute cette merveilleuse histoire dont les acteurs seront les chirurgiens et les médecins bien sûr, mais aussi vous-même et votre entourage, car vous détenez 50% des cartes de la réussite, ainsi que nous allons le voir.

Le délai nécessaire pour trouver un donneur ne pourra pas vous être précisé; en effet les demandes en provenance de tous les hôpitaux qui pratiquent des transplantations sont nombreuses et les donneurs trop rares par rapport à ces demandes. L’attente peut durer plusieurs mois. L’hôpital vous appellera dés qu’il aura connaissance qu’un cœur est disponible. Dans un délai court (quelques heures) le prélèvement devra alors être effectué, et ceci par un chirurgien de l’équipe chirurgicale de l’hôpital qui doit vous opérer.

La période d’attente dont je parle plus haut semblera longue tant pour vous que pour votre entourage, et vous aurez peut-être la tentation de croire que vous êtes oublié; alors, bien qu’il n’en soit rien, n’hésitez pas, c’est un petit conseil que je vous donne, à relancer votre chirurgien; en cette période de pénurie de donneurs qui est la nôtre, il est bon de se rappeler de temps en temps au bon souvenir de l’équipe chirurgicale, gentiment bien sûr; j’ajouterai que votre ou vos interventions, n’en abusez tout de même pas, démontreront tant à vous-même qu’à vos chirurgiens votre détermination et votre impatience, en un mot l’espoir que vous et votre entourage mettez dans cette transplantation; croyez-moi, ils n’y sont pas insensibles, car ceci montre la solidité de votre moral, et le moral est une part très importante des cartes qui sont entre vos mains (les 50% dont je parlais plus haut).

Un beau jour, oui, car ce sera un beau jour, votre téléphone sonnera … Ce sera l’hôpital; il vous expliquera que le cœur d’un donneur compatible avec le vôtre leur est proposé et que vous êtes attendu à l’hôpital dans un délai qui vous sera précisé et qui dépend lui-même du temps nécessaire à l’équipe de préleveurs pour aller quérir et rapporter à l’hôpital le cœur du donneur.

Vous êtes alors à l’aube du succès, et l’on peut dire que le «compte à rebours» commence; il ne faut cependant jamais oublier que celui-ci peut s’arrêter pour de multiples raisons; ainsi, il peut arriver qu’après que vous vous soyez rendu à l’hôpital, et qu’un chirurgien soit parti quérir l’organe du donneur, on vous apprenne que le prélèvement n’a pu ou ne pourra avoir lieu, ceci pour des raisons médicales dont les médecins ou les chirurgiens sont seuls juges. Alors, et ceci est éprouvant moralement, il faudra repartir chez vous et attendre une autre convocation qui, comme la première, interviendra dans un délai non prévisible.

Nous nous plaçons dans le cas où le «compte à rebours» n’est pas interrompu; la transplantation va donc avoir lieu. L’opération durera de quatre à six heures, ce qui est vraiment sans importance pour vous; le chirurgien vous aura expliqué que, pour lui, la transplantation cardiaque est un acte très simple, beaucoup plus simple que la majorité des autres opérations cardiaques, ce qui est sûrement vrai et de toute façon rassurant. Le plus important est que vous avez confiance dans votre chirurgien; vous êtes convaincu qu’il a des doigts en or, et vous avez raison car cela est vrai.

L’opération est terminée. Vous êtes maintenant dans une chambre dite «stérile», c’est-à-dire que l’accès en sera interdit à toute personne non concernée par vos soins, ceci pour éviter l’introduction de microbes dans votre chambre. Pour diminuer cette sensation d’isolement, la porte de votre chambre a été équipée d’un oculus vitré; vous pouvez ainsi voir votre famille, et elle peut, elle aussi, vous voir; le téléphone intérieur permet de se parler … alors, ce n’est pas si tragique que cela!

L’équipe soignante, et plus tard quelques personnes qui viendront vous rendre visite, revêtiront avant d’entrer dans votre chambre des vêtements stériles (couvre-coiffure, masque devant la bouche, pantalon et veste stériles, couvre-chaussures). Vous constaterez que ces mesures de protection contre l’entrée des microbes sont scrupuleusement respectées; ceci représente des contraintes que tous acceptent; en effet, pourquoi risquer des problèmes infectieux par suite de négligences dans ce domaine?

Pendant cette période qui débute à votre retour du bloc opératoire, vous serez suivi étroitement par les médecins-réanimateurs qui prennent donc la succession de l’équipe chirurgicale, et qui vous prendront en mains; ils vous examineront plusieurs fois par jour et aussi souvent qu’il sera nécessaire; ils prescriront tous les examens et analyses; ils seront toujours prêts à répondre à vos questions et à tout vous expliquer.

Les infirmières, dont vous apprécierez la compétence, la disponibilité et la gentillesse, forment avec les médecins une équipe possédant toutes les qualités médicales et humaines que vous attendez. Vous serez comme moi, je pense, sensible à l’harmonie qui règne entre tous.

Le déroulement de cette période peut être comparé à une partie de jeu de l’oie; le jour de votre opération est appelé dans le jargon médical le «jour J». Imaginons, ceci est un exemple et je vous demande de ne pas vous arrêter à ce chiffre, que notre jeu possède 50 cases; chaque jour vous progressez d’une case; tous les sept jours un examen est pratiqué pour vérifier qu’aucun phénomène de rejet ne prend naissance; si c’est le cas, ce qui est classique et non inquiétant, un traitement sera prescrit qui, si je continue la comparaison, vous fera reculer de 7 à 8 cases sur notre jeu de l’oie. Il est usuel mais non obligatoire de connaître un ou deux incidents de ce type pour lesquels les traitements sont tout à fait connus et efficaces; votre moral ne doit pas être entamé pour autant; votre entourage vous y aidera.

Je parle souvent de l’entourage et de la place qu’il doit tenir à vos cotés; en effet, l’entourage, famille ou bons amis, constitue une aide précieuse dans les moments difficiles ou lors des déceptions passagères.

Pourquoi ai-je choisi le chiffre 50? Parce qu’il m’a plu …, que c’est sans doute un minimum (rarement atteint) que c’est, je crois, le nombre de cases du jeu de l’oie, et enfin, que 7 x 7 = 49; mais alors, pourquoi 50? Parce que la case 50 est celle où vous serez heureux d’offrir un pot à toute l’équipe qui, avec vous, aura gagné la partie!

Pour terminer, permettez-moi de vous donner deux derniers conseils:

Vers le jour «J + 15», c’est-à-dire 15 jours après l’intervention, il est tout à fait possible d’abandonner pyjama et robe de chambre qui vous confirmaient dans l’état de malade, et de vous habiller en tenue civile; je vous le promets, cela fait du bien au moral car on se trouve d’emblée sur le chemin de la convalescence; ceci n’est pas un détail, souvenez-vous en en temps opportun.

Lorsque vous serez sorti de l’hôpital, dites-vous bien que vous n’êtes plus malade; votre vie va désormais être une vie normale. Après que vous aurez retrouvé la musculature que votre séjour dans votre chambre vous aura un peu fait perdre, votre vie redeviendra celle de Monsieur-tout-le-monde. Vous ne faites pas partie d’une catégorie spéciale d’individus.

Vous vous rendrez compte alors, ainsi que je l’indiquais en titre de ce message, que LA VIE EST BELLE, et que si elle l’est redevenue, c’est tout d’abord grâce à une famille que vous ne connaîtrez pas, qui ne vous connaîtra pas, et qui, avec une grande générosité, a accepté que la mort brutale de l’un des leur vous permette, à vous qui étiez demandeur, de profiter d’un cœur qui ne demandait qu’à travailler encore. C’est grâceaussi à des équipes de chirurgiens, médecins et infirmières qui possèdent des qualités professionnelles et humaines hors du commun.

Je vous le promets; tout ce que j’ai écrit est la narration fidèle de ce que j’ai vécu ou ressenti. J’espère vous avoir aidé, en vous expliquant avec le maximum de clarté la magnifique histoire que vous allez vivre; c’est la grande chance dont nous pouvons profiter, nous qui vivons dans les années 1986, bénéficiant de tous les progrès et découvertes capitales de ces dernières années.
En guise de conclusion: ainsi que je le disais en préambule, j’ai rédigé ce message à l’attention des futurs transplantés. Ce travail constitue également un remerciement aux équipes cardiologiques du CH de St-Germain-en-Laye et du CMC Foch à Suresnes auxquelles je dois d’avoir, par la justesse de leur diagnostic et la qualité de leurs soins, créé les conditions me permettant d’aborder mon second cinquantenaire avec une grande confiance grâce à une forme physique totalement retrouvée.

Comment dire merci après un tel résultat?

Jean-Pierre GAULLIER

PONTAGE CORONARIEN ET ANGIOPLASTIE TRANSLUMINALE

JOURNAL D’UN PONTÉ

Par Georges MALGOIRE

Secrétaire Général de l'ADETEC

Fin d’année 1987 :
Étant coronarien de père (et grand-père) en fils, et souffrant depuis longtemps d’angine de poitrine, je me sens rassuré d’habiter cet Ouest parisien doté d’immenses compétences dans le domaine cardio-vasculaire (dont celles de l’Hôpital Foch à Suresnes). Je me dis : « et si jamais » ? Et cela me réconforte d’habiter là.


C’est alors que Dame Malice intervient, qui m’adresse subrepticement un petit infarctus plutôt silencieux (disons un échantillon) alors que je me trouve à l’autre bout du monde, isolé dans l’île du Salut, séparé du continent guyanais par cette énorme montagne d’eau qui a pour nom « la barre ».


Mais, heureusement, Dame Chance veille. Elle fait en sorte qu’un hélicoptère assure la navette entre l’île et le continent, me permettant ainsi de prendre le premier Concorde en partance pour Paris.

Début 1988 :
Mon cardiologue prend sérieusement l’affaire en mains. C’est un homme compétent et prudent. Durant trois semaines les examens succèderont aux analyses, le tout se terminant par une coronarographie de contrôle. C’est pour moi une découverte ; mon cardiologue n’y recourt qu’en cas d’absolue nécessité car il a vécu quelques mauvaises expériences parmi ses patients. Rappelons que c’était il y a plus de 20 ans et la sécurité de l’examen s’est bien améliorée depuis ce temps-là.


Je me rends donc un peu à reculons à l’hôpital pour y subir cet examen. D’emblée, je suis favorablement impressionné, car la salle d’intervention n’est pas plus troublante qu’un cabinet dentaire. Le cardiologue, dit « interventionnel », perçoit mon inquiétude. A peine installé sur la table, il dirige vers moi l’un des écrans de contrôle et me dit qu’il va tout m’expliquer. C’est à peine si je sens l’entrée du désilet dans mon artère fémorale (à l’époque on n’utilisait pas encore fréquemment l’artère radiale) et la montée du guide jusqu’au cœur. Puis il m’explique, me montre ce qui se passe, insiste sur les rétrécissements aisément constatables même par un béotien comme moi. J’oublie ainsi où je suis, et je me retrouve mentalement sur mon banc d’école.
Et puis, ça y est, c’est terminé. L’infirmière s’affaire autour de mon aine qu’elle enveloppe fortement de compresses et de solide sparadrap. Je reçois les dernières consignes : ne pas bouger d’un pouce la nuit durant, car le pansement pourrait lâcher, déclenchant ainsi une forte hémorragie au pli de l’aine.

Hélas, les sparadraps, alors, n’avaient pas la force d’adhérence de ceux d’aujourd’hui, tant et si bien qu’au milieu de la nuit, un faux-mouvement de ma part fait glisser le pansement. C’est la débâcle ! Le sang sourd de part et d’autre, et immédiatement le médecin se précipite, qui appuie là où il faut, le temps qu’il faut ; tout rentre rapidement dans l’ordre. L’infirmière refait mon pansement, et en prime, j’ai droit au port d’un lourd coussinet de sable qui comprime le pli de l’aine. Le temps va passer lentement, mais tout est bien qui finit bien. Je ressors de l’hôpital après un séjour de 48 heures.

Au départ on me remet l’enregistrement vidéo de mon intervention. Mon cardiologue la lit puis préfère m’adresser à l’un de ses confrères, professeur de surcroît, qui partage son activité entre la chirurgie cardiaque, et surtout, l’angioplastie transluminale (technique alors relativement récente) dont il est un grand spécialiste. Celui-ci fait la grimace et m’informe sans hésiter qu’une angioplastie n’est pas possible et qu’il ne souhaite pas réaliser lui-même le double pontage nécessaire. Il préfère m’adresser « au meilleur », me dit-il, en l’occurrence au Professeur Daniel Guilmet.

C’est ainsi que, quelques jours plus tard, je fais sa connaissance. C’est un homme doux, au crâne largement dégarni, mais c’est un « taiseux ». Ses explications sont brèves : double-pontage ici et là ; la coronaire droite n’est pas pontable car son lit d’aval est trop encombré. Rendez-vous le 1er février, je vous opérerai. Vous rentrerez deux jours avant à l’hôpital.

Mais, Professeur, quels sont les risques, lui demandai-je ? Réponse de sa part : 2%, surtout quant aux malades en mauvais état de santé, ce qui n’est pas votre cas. C’est bref, mais efficace. Je repars rassuré car il y a une solution à mon problème, alors que je craignais que, lui aussi, me dise ne pouvoir rien faire.

1er février 1988 :

Me voilà entré à l’hôpital depuis deux jours. J’ai immédiatement eu droit à toutes sortes d’examens, d’analyses et d’interviews, notamment celui de l’anesthésiste, une doctoresse à l’allure énergique. Elle m’explique sommairement le déroulement de l’opération.
La veille de l’intervention, deux jeunes infirmières, plutôt probablement des stagiaires, entrent et m’annoncent qu’elles vont me raser et me peindre. Surprise de ma part ! Elles conservent apparemment leur sérieux, mais leurs yeux « semblent rire à gorge déployée » devant la tâche qui les attend … Effectivement, elles se mettent au travail, rasent tout ce qui peut l’être, et bravement, elles entreprennent de me peindre en jaune canari, sans rien oublier au passage. J’ai l’amour-propre dans les chaussettes … Elles me quittent, fières de leur ouvrage. (Aujourd’hui on m’aurait donné un rasoir et un flacon de bétadine avec lesquels je me serais débrouillé tout seul ; les temps changent !).

« J.0 ». Dés potron-minet un infirmier vient me réveiller et me charge sur son brancard après m’avoir recommandé la prise de comprimés (des anxiolytiques probablement). Nous partons de concert au travers des couloirs et ascenseurs ; il ouvre une large porte : c’est le terminus, à savoir la « salle d’op », largement éclairée, qui luit de tous ses chromes. Un groupe de 5 ou 6 blouses bleues discutent paisiblement dans un coin, un peu comme à l’embauche du lundi matin au bureau où chacun raconte son week-end à ses collègues de travail. A mon arrivée médecins et infirmières m’entourent ; chacun sait parfaitement ce qu’il a à faire, gestes difficiles mais cent fois répétés par ces équipes de grands professionnels.

On me glisse sur la table d’opération. J’ai froid ; ce qui n’étonne pas une infirmière qui a préparé une couverture chauffante dont elle me recouvre. Je ne suis pas rassuré, mais « quand il faut y aller, il faut y aller » disait mon père. Me voilà attaché par les avant-bras puis perfusé ; des tuyaux pendent au dessus de ma tête, reliés à diverses poches pleines de liquides qui participent à la survie des patients durant l’opération. Impressionnant attirail ! Le Professeur Guilmet, dûment harnaché, m’adresse un sourire et me dit que tout va bien se passer. Je le crois d’autant plus volontiers que je n’ai pas d’autre choix.. Puis vient l’anesthésiste ; elle m’explique rapidement à quelle sauce elle compte me manger mais je ne suis pas en état de comprendre. J’ai juste le temps, mentalement, de me signer et de prononcer un « Ave », que déjà elle me demande de compter jusqu’à dix. A trois, je suis déjà dans les bras de Morphée. C’est le black-out. Vraiment black !

Quant aux heures qui vont suivre, pour savoir en détail ce qui m’a été fait, mieux vaut se reporter au texte figurant au chapitre « Pathologies » et à la section « pontages coronaires » du site internet de l’ADETEC (www.adetec.eu), où tout est clairement expliqué et documenté. Car bien que présent, le contenu de ces quelques heures ne s’est pas imprimé dans ma mémoire centrale ! Plus tard, revenu à la conscience, le Professeur Guilmet m’expliquera avoir procédé à un double pontage : avec l’artère mammaire, il a ponté l’IVA (l’interventriculaire antérieure) ; avec un morceau de la veine saphène qu’il a prélevé sur ma cuisse droite, il a ponté l’artère marginale gauche. Il n’a rien pu faire pour ma coronaire droite, qui en aurait pourtant eu besoin, mais qui est rétrécie sur tout son parcours. Il me confirme avoir constaté « une cicatrice fibreuse d’infarctus postérieur », souvenir probable de mon récent passage sur l’île du Salut.

C’est mon ouïe qui me ramène aux réalités. Le cerveau est encore embrumé, mais les oreilles perçoivent des petits sons indistincts. Et peu à peu ces bruits prennent un contour plus précis ; enfin des premiers mots percent mon inconscience. Combien de temps faut-il pour émerger ? Je n’en sais rien ; quelques minutes, peut-être plus ? Mais soudain j’entends la voix du Professeur Guilmet qui me dit « tout s’est bien passé ». Je l’ai remercié avec les yeux, car je suis encore brumeux, et de toutes façons, j’ai un gros tuyau planté dans la bouche, peu commode pour assurer la conversation … Entre temps il est allé jusqu’à la salle d’attente où mon épouse domine toutefois son inquiétude. Il lui explique ce qui s’est passé et lui dit que « le cœur est reparti du premier coup ». Quel soulagement !

Après quelques heures passées en salle de réveil, une infirmière me roule jusqu’en « salle de soins intensifs ». Plusieurs lits dans la vaste pièce et une très forte densité de blouses blanches. Du brancard au lit ; je suis entouré de tuyaux qui pendent tout autour de moi et me font ressembler à un arbre de Noël. Le pire parmi eux est celui que j’ai dans la bouche. Une infirmière me met quelque chose dans la main et m’explique de quoi il s’agit. Mais je suis encore incapable de comprendre. Je salive beaucoup et j’ai très vite le sentiment d’étouffer. Alors je m’agite et trompette dans le tuyau ; l’infirmière arrive qui aspire la salive avec une pompe adéquate. Quelques minutes après je remets ça : elle revient et recommence. Et encore, et encore ! Toujours ce sentiment d’étouffer. Alors, gentiment, elle revient et me réexplique patiemment que ce qu’elle m’a mis dans la main est une sonnette d’appel. Je comprends enfin, quel apaisement ! Dans ces circonstances, le moindre détail revêt une importance colossale.

Dans la soirée le Professeur Guilmet revient me voir. Il m’annonce que, n’ayant pas été fumeur, il va pouvoir m’enlever ce fameux tuyau. Sinon, il aurait dû me le conserver la nuit durant. Il passe à l’acte ; quelle libération ! Ouf, je respire librement.

« J+1 ». Dés le lendemain, malgré tous ces tuyaux, on m’incite à m’asseoir sur le lit puis à poser un pied par terre. Là je me sens vraiment sorti d’affaire. Dans la soirée l’anesthésiste vient à son tour me voir. Elle jette un regard inquisiteur sur le drain plastique, planté, lui, au bas du sternum. Alors, carrément, elle s’assied à califourchon sur mes jambes, empoigne le tube, retient son souffle et l’arrache d’un bon coup sec. Vlan ! Le moment n’est pas drôle du tout pour moi. Mais la douleur, pour vive qu’elle soit, ne dure pas.

L’un après l’autre les tuyaux disparaissent. A « J+3 » je puis aller jusqu’au fauteuil à proximité du lit. On m’annonce que, dés demain matin, je pourrai regagner ma chambre. Effectivement, au matin de « J+4 », on me monte dans la chambre avec l’autorisation d’aller et venir. Je n’ai plus toute cette tuyauterie, et suprême perspective, on me donne l’autorisation d’aller prendre la douche. Je me sens crasseux, encore jaune par places, et cette perspective me remplit d’aise ; ô que c’est bon de se sentir propre !
Et puis, le retour en chambre signifie la possibilité de visites de mon épouse et de mes enfants. C’est bon, je me sens revivre et je n’ai mal nulle part. C’est étonnant.

« J+5 » : Les progrès sont très rapides. Le Professeur Guilmet vient régulièrement me voir. Aujourd’hui il m’enjoint de marcher dans les couloirs et de m’exercer à monter et descendre les étages. La première fois, je crains que cet effort n’entraîne quelque réaction cardiaque inopinée ; j’y vais prudemment. Comme tout va bien, je remets ça avec plus de vigueur et j’enchaîne les étages, les uns après les autres.

« J+8 » : c’est la sortie. Mais tout cet attirail, tous ces examens et analyses quotidiens m’ont un peu déstabilisé. J’appréhende d’entrer directement chez moi et je choisis, sur les conseils de mon cardiologue, d’entrer pour trois semaines dans une clinique de convalescence. Or là, pour des raisons probablement pertinentes, on m’isole en chambre, avec l’interdiction de monter ne serait-ce que les deux escaliers qui me séparent du jardin. Je suis interdit de séances de gymnastique ; mon seul sport consiste à déplacer les pièces d’un échiquier électronique que m’a offert ma fille. C’est peu ! Je m’ennuie ferme ; par chance ma famille est là, mes collègues aussi, qui m’apportent des nouvelles de l’entreprise, et peu à peu, des dossiers à examiner. Et puis 3 semaines, cela passe vite.

Dés ma sortie de la clinique je peux reprendre progressivement mes activités professionnelles à domicile. Deux mois après l’intervention chirurgicale, je reprends à mi-temps. Je n’ai plus de douleur angineuse mais mon cardiologue décèle un peu de péricardite (de l’eau entre le cœur et le péricarde). Il me dit que cela passera tout seul. Les faits lui donneront raison.

Je rencontre une dernière fois le Professeur Guilmet. J’en profite pour m’enquérir auprès de lui de la durée de vie des pontages. Toujours aussi peu prolixe il me répond : « le pontage mammaire durera aussi longtemps que vous » ; quant au pontage saphène, parce qu’il s’agit d’un tissu veineux et non artériel, donc plus mou, il durera 10 ans ».

Effectivement 9 ans et 11 mois plus tard, des douleurs angineuses vont à nouveau se manifester.


ANGIOPLASTIES EN CHAÎNE

Infos pratiques
Lors des coronarographies ou des angioplasties (avec ou sans pose de stents), il se trouve que les produits de contraste qui sont injectés peuvent faire mauvais ménage avec les reins du patient. C’est l’une des raisons pour laquelle les cardiologues, par une nécessaire prudence, dissocient de 8 jours fréquemment la coronarographie de l’angioplastie.
En règle générale, on entre à l’hôpital (ou la clinique) dans le courant de « J-1 » où l’on subit une préparation (rasage de l’aine et des avant-bras, analyses, ..). Puis au matin de « J.0 », douche à la Bétadine, prise d’anxiolytique juste avant de pénétrer dans la salle d’examen. Durée : ¾ d’heure en général. Petit repos près de la salle et retour en chambre. Très fréquemment, le cardiologue préfère que les patients ne sortent de l’hôpital/clinique qu’au matin de « J+1 », pour le cas de rares malaises.
Pour plus de détails sur les techniques employées, le plus simple est de consulter son dictionnaire médical ou, sur internet, le site de l’ADETEC.

19 novembre 1997

Dix ans plus tard, je ressens brutalement une douleur intense dans la poitrine, un « sentiment de mort imminente » me submerge. Mon épouse fait immédiatement appel au SAMU et moins d’une heure plus tard je suis conduit aux urgences de Foch. Piqûre de calciparine ; la douleur s’estompe.
Au petit matin le docteur Brodaty me pratique une première coronarographie. Il apparaît que le pontage mammaire est en bon état mais que le pontage saphène a vieilli, ainsi que l’avait prédit le Professeur Guilmet : il y a deux étranglements avec des caillots qu’il faut essayer de dissoudre en partie par injection d’Héparine durant 8 jours.
Une semaine plus tard, le cardiologue va procéder à une « angioplastie transluminale » assortie de la pose de stents, ces petits ressorts que l’on glisse jusqu’à l’étranglement de la coronaire, puis que l’on dilate grâce à un ballonnet introduit dans l’artère et qui est gonflé à quelque chose comme près de 8 à 10 fois la pression des pneus d’une automobile. Ainsi ils constituent une barrière métallique qui limite physiquement la possibilité de « resténose ». (Cf : voir à ce sujet l’article du docteur BENAMER sur le site www.adetec.eu.

Une anecdote quant à cette intervention. Au petit matin, le brancardier me conduit à proximité de la salle d’examen où j’attends que le cardiologue en ait fini avec mon prédécesseur. Soudain de l’eau suinte de partout : une grosse canalisation d’arrivée des eaux vient de céder quelque part à l’étage. Pompiers et plombiers arrivent en courant. L’infirmière ne sait que faire de moi ; elle me conduit alors, pour attendre la fin des travaux, dans la salle de réveil toute proche. Me voilà avec, à ma droite, un patient qui geint et, à ma gauche, un autre qui se plaint. Sans oublier ceux qui râlent, qui bougonnent ou gémissent ! Et le temps passe … lentement … je reste là près de 6 heures. Au bout de ce long laps de temps mon moral commence à faiblir. Finalement, sur les coups de 16 heures, l’infirmière me ramène en salle d’examen. Mais ce prélude a fait que je stresse lamentablement et l’examen va me paraître interminable et douloureux, ce qu’il n’est pourtant pas !

Quelques jours après je peux reprendre mon travail, les douleurs ont cessé.

Septembre 2003 :16 ans après le pontage

C’était trop beau pour durer. Nous sommes en vacances avec mon épouse, lorsqu’au beau milieu de la nuit une forte crise d’angine de poitrine qui ne cède pas à la trinitrine (que j’ai toujours avec moi, au cas où ?) me fait appeler le SAMU. Transport dans un centre de cardiologie, piqûre de calciparine (j’ai déjà donné !), la crise passe.
Le lendemain un taxi me ramène en région parisienne où je retrouve exactement les mêmes démarches que six ans plus tôt.
Cette fois-ci j’ai droit à un stent posé sur "l'ostium" (c'est-à-dire l'embranchement) du pontage saphène, et un sur la "circonflexe".
La situation est un peu plus compliquée, car mon cardiologue avait précédemment pris la décision de me traiter sous anticoagulants ; j’ai donc le sang aussi épais que du « jus de navets » ! Au milieu de la nuit j’ai le malheur de bouger, et ce qui devait arriver, arriva : hémorragie, le médecin de garde fait ce qu’il faut et je me retrouve avec un sac de sable au pli de l’aine en punition ….

Je sors de l’hôpital deux jours plus tard et reprends ma vie de tous les jours. Le cardiologue prend alors la décision de stopper les anticoagulants, ce qui rend mon quotidien plus facile, car ces produits sont certes efficaces, mais leur gestion est bien délicate, avec une évaluation bimensuelle de la coagulation sanguine par la mesure du « taux de prothrombine » (désormais l’INR) qui varie parfois notablement en fonction du contenu de son assiette.

23 novembre 2008 : 21 ans après le pontage

Cette fois-ci, c’est à froid (après une scintigraphie de contrôle) que le cardiologue qui me suit à l’hôpital Foch décide une nouvelle coronarographie qui sera suivie 8 jours plus tard de la pose de trois stents par le docteur Benamer à Foch. L’examen montre, en effet, un rétrécissement sur l’ancien pontage saphène (marginale) à l’endroit d’un précédent stent sur lequel sera rajouté un nouveau stent. Par ailleurs, la coronaire droite (qui n’avait pas pu être opérée en 1988) ne s’est pas améliorée avec le temps. Le docteur Benamer va donc réussir ce tour de force d’y glisser deux stents qui amélioreront ainsi sa perméabilité jusqu’à la pointe du cœur.

Notons qu’entre temps les cardiologues ont modifié leurs procédures et préfèrent désormais utiliser l’artère radiale (dans l’avant-bras) ce qui évite les risques d’hémorragie post-intervention. Les colles aussi ont évolué ; les sparadraps adhèrent mieux, donc les pansements ne glissent plus au moindre mouvement. On n’arrête pas le progrès !

Je suis ainsi un « homme réparé » : un double pontage il y a plus de 20 ans déjà et 7 stents qui m’offrent une qualité de vie raisonnable. Certes, je ne ferai pas tomber le record d’Usain Bolt aux 100 mètres, mais en ai-je besoin ? Il m’est, grâce aux médecins, encore possible de promener mon arrière-petite-fille et cela me suffit. C’est si doux !

Pourra-t-on jamais assez remercier les scientifiques et médecins de tout ce qu’ils apportent à l’humanité. Si nous gagnons une année de vie tous les 4 ou 5 ans et si nous améliorons aussi notre qualité de vie, c’est bien à eux que nous le devons. Leurs statues devraient orner toutes nos rues.

Merci Docteurs.

Georges MALGOIRE

CHIRURGIE DES VALVES

Noël 2009.

Guy PROVOST nous remet l’avant-projet manuscrit de son témoignage concernant la chirurgie aortique et valvulaire dont il a bénéficié il y a 27 ans déjà. Il a 81 ans, heureux de vivre et de participer aux activités de l’ADETEC. Déjà il pense aux festivités des « 40 ans de l’ADETEC » qu’il a accepté d’organiser.


7 janvier 2010.

Tel un chêne qui s’abat, Guy PROVOST est tombé soudain, sans même pouvoir dire un dernier adieu à Christiane, son épouse depuis 62 ans qu’il a toujours tendrement aimée. Sans avoir la joie de relire le texte, dactylographié, de son témoignage qu’il destine à ceux à qui leur cardiologue annonce la nécessité d’une intervention chirurgicale, ceci afin de les aider à assumer ce moment angoissant, nécessaire mais vital, et leur dire « n’ayez pas peur, « ils » savent faire.
Son témoignage résonne ainsi comme un testament à l’attention des futurs opérés du cœur.

Son ami, Georges MALGOIRE

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DUO DE CHOC : AORTE ET VALVE


Par Guy PROVOST, administrateur de l’ADETEC

Je crois savoir que vous venez d’être opéré ? On dit que vous venez d’être opéré du cœur. Vraiment du cœur ? Alors ce devait être grave ?
Je n’ai pas compté le nombre de fois que j’ai entendu à mon égard de tels propos de la part d’interlocuteurs à la fois impressionnés et vraisemblablement un peu curieux.
Certains, mieux informés que d’autres, m’expliquaient qu’en 1983 l’opération du cœur était devenue un classique, une opération très au point.
N’étant pas du genre à geindre et à jouer les victimes de la vie, je leur répondais que j’étais totalement d’accord avec eux. Mais qui mieux que moi était en mesure d’apprécier les progrès de la médecine et de la chirurgie ?

La remise à neuf de mon cœur a constitué un acte médical extraordinaire, ce qualificatif est encore trop faible.


Âgé alors de 54 ans, (aujourd’hui 80 passés), j’entre le 11 septembre 1983 dans le service de chirurgie cardiaque de l’hôpital Foch en vue d’un remplacement valvulaire aortique par valve de LILLHEHEI n° 25, intervention effectuée le 13 septembre 1983 par le professeur Daniel GUILMET.


Antécédents médicaux


Septicémie à staphylocoques dorés, à l’âge de 27 ans, avec métastases septiques sur le rein gauche.
Cette grave atteinte à ma santé m’a tenu éloigné de mon activité professionnelle près d’une année. Elle m’a gratifié pendant les trois premiers mois d’un traitement par piqûres de pénicilline trois fois par jour (c’était le tout début de la pénicilline) ; et pour couronner le tout, j’ai hérité d’un important souffle au cœur ainsi que plusieurs problèmes infectieux à l’origine d’une maladie d’Osler.


L’après septicémie et une période de calme


Entre les années 1957 et 1982 soit pendant 25 années j’ai pourtant, compte tenu de mes antécédents médicaux, exercé ma profession sans problème. De plus avec un accord réservé de mon cardiologue j’ai prudemment repris le footing et la gymnastique.


Coup de tonnerre


Fin juillet 1982, effectivement « coup de tonnerre ».
Dégradation de mon état fonctionnel avec modification de ma résistance à l’effort physique.
Mon médecin généraliste diagnostique des symptômes d’angine de poitrine et me dirige vers un cardiologue ; celui-ci me fait passer un électrocardiogramme. A l’interprétation de l’électro il me confirme : angine de poitrine. Sur ses conseils, je passe une échographie cardiaque à Foch. Pronostic : rétrécissement aortique.

Nécessité de compléter l’échographie par une coronarographie. J’interroge le Docteur Landau sur la nature d’un tel examen. Je suis frappé que celui-ci consiste en une exploration du cœur. J’ai retenu que les risques n’étaient pas anodins. Cela m’effraie. Vous vous rendez-compte il va falloir aller voir ce qui se passe directement au niveau du cœur. Ce jour-là, je n’ai pas honte d’écrire que je me suis écroulé en larmes au volant de ma voiture.


La coronarographie


Suite à l’échographie, le docteur Lemaignen me confirme la nécessité de procéder à la coronarographie. Sachant que je suis très impressionné par la nature d’un tel examen, il me met en confiance en me proposant de l’effectuer lui-même.
Comme prévu, il réalise lui-même un cathétérisme et la coronarographie. L’examen s’est déroulé dans les meilleures conditions. En même temps qu’il réalise l’exploration, j’ai pu voir sur un écran monter le guide jusqu’au cœur. C’est impressionnant. De retour en chambre où j’y resterai 48 heures en observation, le docteur Lemaignen vient me confirmer la nécessité de me faire opérer ; « votre cas est sérieux », me dit-il.


L’opération – Où ? et Quand ?


Pourquoi à l’hôpital Foch et pourquoi par le Professeur Guilmet ?


Ce n’est pas la proximité de mon domicile qui me fait choisir Foch. C’est d’abord le désir d’être opéré par le Professeur Guilmet. Pourquoi lui ? Parce que lors d’une émission à la télévision relative à la cardiologie, j’avais remarqué un jeune professeur de chirurgie cardiaque qui, à l’occasion d’une table ronde composée d’éminents professeurs, m’était apparu comme le plus brillant et dont les interventions me semblaient des plus pertinentes. Ce jour-là j’ai dit à mon épouse : « si un jour je devais être opéré du cœur, je veux que ce soit par lui ».


Nous sommes alors au décours des années 70. A cette époque, il n’était pas envisagé de m’opérer. J’ai rapporté cette anecdote au professeur Guilmet le jour de mon hospitalisation à Foch le 11 septembre 1983.


Mon hospitalisation à Foch


Un rendez-vous est pris avec le Professeur Guilmet début septembre 1983. Au vu de mes divers examens préalablement réalisés, et plus spécialement le film de ma coronarographie, son diagnostic est sans appel : il faut m’opérer le plus tôt possible. Il répond à mes diverses questions avec calme et précision et avec une remarquable pédagogie (il est professeur). Elles sont de nature à me mettre en confiance.


Ce type d’intervention est, dit-il, très au point : « sachez cependant que le risque zéro n’existe pas en chirurgie. A la suite de cette consultation qui a duré presque une heure, ma décision d’être opéré est prise. L’opération est prévue pour le 13 septembre 1983 avec hospitalisation le 11 dans une chambre seul au 7ème étage. Mon épouse a été présente à mes cotés pendant ces deux jours. Elle m’a beaucoup soutenu, elle était même plus confiante que moi pour la réussite de l’intervention.


Dernière rencontre avant l’opération


Le professeur est passé me voir dans ma chambre. Il m’explique comment va se dérouler l’intervention. Ses explications sont rassurantes. Cela fait énormément de bien de l’écouter, d’autant que je ressens une assez grande anxiété. En quittant ma chambre il me dit « attendez-vous à avoir de nombreuses visites ». Effectivement, divers examens et prises de sang se succèdent à cadence accélérée. J’apprécie ces allées et venues des infirmières, toutes avaient un mot gentil et rassurant ; mon anxiété s’en trouvait minimisée. J’ai retrouvé le même état d’esprit lors de l’interrogatoire de l’anesthésiste.


Ce fut un tout autre scénario auquel j’ai eu droit lors de l’indispensable rasage intégral ou presque. L’infirmière nantie d’un rasoir pas spécialement adapté s’est escrimée sur ma poitrine et « ailleurs ». Compte tenu de ma stature, il lui a fallu presque une demi-heure pour me raser. J’ai eu droit, ensuite, à un badigeonnage en règle du maximum de surface du corps. Je pense qu’il s’agit d’un genre de teinture d’iode. Son œuvre terminée, je me sentis vraiment tout nu. Elle me salua en me disant « vous verrez, être opéré du cœur ce n’est pas plus grave qu’une opération de l’appendicite ». Que pouvais-je lui répondre ? C’était très gentil de sa part.

Jour J


De très bonne heure on me réveille, car j’ai effectivement dormi grâce à un somnifère. J’ai tout de même passé une partie de la nuit à réfléchir. Vous vous doutez à quoi j’ai pu penser ! Je prends le comprimé que m’a remis l’infirmière la veille au soir. Il doit me permettre de combattre mon anxiété. Je n’en ressens aucune. J’ai hâte de passer sur le « billard » et qu’on n’en parle plus.


Quelques instants après, un infirmier, « une armoire à glace », il faut bien cela pour bouger un homme de 98 kg, m’allonge sur un lit roulant. Puis il me descend au niveau de la salle d’opération. Je suis introduit dans une petite pièce très sombre, vraisemblablement contiguë à la salle d’opération. Le comprimé n’a pas encore fait beaucoup d’effet. Je reçois la visite du Professeur en tenue de ville. Il est étonné que je sois conscient et encore plus quand je lui dis « vous avez, Professeur, une belle cravate jaune ».


Une dizaine de minutes plus tard, le colosse entre dans la pièce. Il me prend dans ses bras, me porte comme un bébé, et me couche sur ce qui doit être la table d’opération. Un état à demi-conscient m’a permis de parcourir des yeux les recoins de la pièce. C’est impressionnant en raison de la multitude d’appareils et de machines qui s’y trouvent. Quant au nombre de personnes je l’ai estimé, hommes et femmes, à environ une douzaine.


Je suis toujours conscient et ébloui par l’ensemble des miroirs situés au dessus de ma tête, j’ai prononcé la phrase suivante « on se croirait dans un studio de cinéma ».


L’anesthésiste (Dr Brodaty) est étonné que la piqûre qu’il m’a faite dès les premiers instants où l’on m’a couché sur la table d’opération n’ait pas encore fait l’effet attendu. Il doit recommencer une seconde fois car le sujet résiste. A la seconde piqûre, comme ont dit, je pars dans les bras de Morphée.


Compte-rendu de l’opération


Il m’apparaît intéressant d’en extraire certains éléments, principalement pour mettre en évidence l’importance de la nécessité de m’opérer. Ceci afin de rassurer, d’encourager, les éventuels opérés. Mon cas était complexe, l’intervention du Professeur Guilmet n’a pas été des plus simples. Plusieurs problèmes révélés au moment de l’opération se sont posés : il lui fallait prendre les bonnes décisions et intervenir le plus rapidement possible. Il fallait son expérience, sa dextérité pour réussir ce qu’il a fait pour me rendre la vie. La chirurgie cardiaque, depuis mon opération, a évolué rapidement, elle propose aujourd’hui des solutions aux divers cas identifiés parmi les maladies cardiovasculaires.


Qu’a-t-il découvert ? (extrait du compte-rendu d’opération)


Après ouverture du péricarde on découvre un cœur dont le ventricule gauche est très hypertrophié et également dilaté. L’aorte ascendante est également très dilatée. Il est décidé de son remplacement (je rappelle que je devais uniquement être opéré pour le changement de la valve aortique).


On constate l’existence d’un rétrécissement aortique calcifié extrêmement serré avec pseudo-bicuspidie par soudure des valves gauche et droite. L’orifice est réduit à une fente linéaire. Les calcifications sont massives. Mise en place d’une valve de Lillehei n° 25. De plus, l’aorte est apparue légèrement feuilletée et très dilatée. Nécessité de la mise en place d’un tube de dacron tissé de 35 mm de diamètre. En fait 2 interventions, la seconde non prévue ne pouvait être décidée qu’au cours de l’intervention.

L’une comme l’autre ayant été effectuées sous circulation extracorporelle. Il était bien urgent d’opérer.
Hormis la réparation de l’aorte ascendante, l’opération s’inscrit dans les classiques de la chirurgie cardiaque. Pour plus d’information on peut consulter le site internet de l’Adetec (www.adetec.eu) au chapitre « pathologie de la section valve aortique.


« L’après » opération


Salle de réveil


Je ne sais au bout de combien de temps je retrouve mes esprits. J’ai souvenir de petites tapes sur mes jambes accompagnées de la voix d’une infirmière me disant « réveillez-vous ». Ouf ! Quel bonheur d’être en vie ! Je ne ressens que très peu de douleur. Il est vrai que je suis dur au mal !


Salle de soins intensifs


Après la salle de réveil, je me retrouve en salle de soins intensifs. Je peux ouvrir les yeux, je peux respirer (avec assistance). Je retrouve assez vite mes esprits. Je regarde à droite et à gauche et constate que la pièce est occupée par une douzaine de lits d’opérés. Nous sommes tous plus ou moins appareillés de tuyaux et de fils électriques reliés à divers équipements électroniques situés sur une étagère au dessus des têtes de lit.


Je ressens un immense bonheur d’être là, entouré de docteurs et d’infirmiers qui veillent sur moi. Je les admire et suis impressionné par les manipulations qu’ils effectuent autour de nous. Combien de temps après mon réveil, je ne saurais le dire, la voix du Professeur Guilmet et quelques timides sons qui sont ceux de mon épouse me réveillent « une seconde fois ». Le professeur me dit que cela s’est bien passé. Mon épouse, quant à elle, attend un appel de ma part. Privé de voix, je lui fais un signe avec le pouce droit relevé, qu’elle interprète comme un bon signal.


Je suis resté 3 jours en salle de soins intensifs avant de rejoindre ma chambre, libéré de toute la tuyauterie et libre de mes mouvements. J’y resterai 8 jours pendant lesquels j’ai bénéficié de soins attentifs (et non intensifs) de docteurs et d’infirmières. Les uns comme les autres m’ont impressionné par leur disponibilité, leur connaissance et leur savoir faire professionnel.


Les « Gaulois » que nous sommes se plaignent de leur système de santé. Ils sont fous ! Nous avons un système exceptionnel. Il y a, comme dans toutes choses, des petits problèmes, mais qui ne sont rien à côté des succès qui honorent notre système et le placent dans les premiers rangs mondiaux.


Rétablissement total et suivi


Voilà 13 jours que je suis hospitalisé. Je suis autorisé à sortir accompagné. Mais, par précaution, il est très souhaitable que je poursuive mon rétablissement en milieu adapté.
Avec le concours de l’assistante sociale, il est décidé que j’effectue ce séjour dans une clinique spécialisée située à Maison Laffitte.
J’entre en clinique le 26 septembre 1983 porteur de mon dossier médical. La clinique en question travaille en relation suivie avec Foch.


Dès mon arrivée, on m’installe dans une chambre seul et il m’est recommandé de garder le lit ; le staff médical estimant que je suis très fatigué. C’est vrai et je subis à nouveau divers examens (cardiovasculaire, pulmonaire, neurologique.)
Mon état général s’améliore de jour en jour. La rééducation a consisté en kinésithérapie respiratoire, en gymnastique médicale, et tous les jours la fréquentation d’un parcours sur pistes de différentes difficultés.


Progressivement j’ai pratiqué les trois. A chaque fois j’étais porteur d’un holter dont les résultats étaient analysés après chaque effort en fonction de la difficulté du parcours.


Le 21 novembre 1983, soit 26 jours après l’intervention je quitte Maison Laffitte.

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Aujourd’hui, voilà bientôt 27 ans que le Professeur Guimet m’a opéré. Nombreuses sont les personnes qui sont étonnées, disons-le, que je sois encore en vie ! Je ne cherche pas à savoir si je suis « le » ou « l’un » des plus anciens opérés. Je suis là et combien heureux de l’être.


A partir d’un état cardiologique désastreux, grâce à la compétence et à l’habileté du Professeur Guilmet j’ai bénéficié d’une seconde vie. Dans les années qui ont précédé 1983, particulièrement 1970/1980, la faculté ne m’aurait laissé entrevoir que très peu d’espoir.


Valve ou pièce de rechange


« Grand-père, tu as un réveil dans ton ventre ? » « Tic-tac » c’est ce que mes petits enfants entendaient dans ma poitrine quand je les prenais sur mes genoux. C’est vrai ils n’avaient pas tort, ce tic-tac était comparable à celui émis par un réveil. Il provenait de la valve posée par le Professeur Guilmet. Ce bruit très régulier je l’ai moi-même perçu dès les premiers jours après l’intervention. Bien que prévenu de cette conséquence due au type de valve, ma surprise est indéfinissable. J’allais devoir supporter ce bruit tout le temps. Il faisait définitivement partie intégrante de mon corps. Je vivrai en sa compagnie.

Par la suite je suis resté longtemps à son écoute. J’y prêtais aussi beaucoup d’attention. Ce bruit soulignait la remise à neuf de mon cœur. Aujourd’hui, 26 ans après la pose de la valve, je ne l’entends que couché sur le côté gauche. Sinon je ne lui prête plus attention depuis longtemps si ce n’est à l’occasion d’une écographie de contrôle qui témoigne qu’elle fonctionne correctement, c’est l’essentiel.


Pour plus d’informations sur la pose des valves aortiques, consultez le site internet de l’Adetec au chapitre « pathologie de la section valves aortiques ».


Aujourd’hui encore je vais bien, avec de temps en temps quelques petits problèmes comme peut en avoir un homme qui a dépassé 80 ans et qui a été opéré voilà bientôt 27 ans. Je ne serai jamais assez reconnaissant au Professeur Daniel Guilmet et à son équipe qui m’ont sauvé et qui m’ont accordé le bonheur de voir grandir mes petits enfants, d’être toujours près de mes enfants et de ma femme. Comment remercier ?


Comme l’indique Monsieur Malgoire notre brillant et dévoué secrétaire général de l’Adetec dans son journal d’un ponté (voir sur site internet), nous devons une reconnaissance sans limite aux chercheurs, ingénieurs, médecins, sans oublier les infirmières pour tout ce qu’ils apportent à l’humanité.

Créée par un homme d’exception qui fut très jeune l’un des pionniers de la chirurgie cardiaque, voilà bientôt quarante ans que l’ADETEC apporte aussi à son niveau un concours non négligeable au devenir de la chirurgie cardiaque. Merci encore Professeur, merci, merci...

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Guy PROVOST, administrateur de l’ADETEC.
Noël 2009